Je me souviens quand j'allais au parc.
Oui, nous avons nous aussi des parcs, dont un des plus grands et des plus beaux parcs de la région, le parc Montreau.
Tu connais peut-être ? C'est splendide.
Un très beau parc à la limite est de la ville. Avec de très belles vues, des arbres magnifiques, des bassins du 17ème et du 18ème siècles, des serres du 19ème et
quelques vestiges du château de Montreau. Au milieu du parc, dans la maison de l'ancien maire Théophile Sueur se trouve le Musée de l'Histoire Vivante.
J'allais moi aussi salir mes frusques en me roulant par terre dans le parc.
Mais nous on croyait être des spéléologues. On avait trouvé une petite entrée de souterrain dans le parc, près de l'ancien château.
Alors avec mon copain Marc, on s'était dit que dès mercredi prochain, on viendrait faire les fouilles dans le souterrain du château.
Le mercredi suivant, j'avais ma lampe de poche, Marc avait la sienne et il avait piqué une lampe frontale qui appartenait à son père. On est entré dans le trou et
là on s'est aperçu que la municipalité avait rebouché le fond de celui-ci avec de la terre glaise. Cette terre bien grasse et bien verte. Mais nous on voulait savoir où çà menait ce souterrain.
Ce jour là, il tombait des cordes, mais nous on était à l'abri dans notre trou, alors on a joué à explorer tout l'après-midi, en imaginant des tas d'histoires rocambolesques, pensant qu'on allait
découvrir un soupirail ou je ne sais quel autre passage secret.
C'est vrai que je n'avais que six ans et que mon imagination était très fertile à ce moment là.
Mais vers seize heures, quand on a voulu sortir, la pluie avait fait une poche d'eau qu'il a bien fallu traverser. En clair on est rentrés chez nous sous la pluie,
avec de la boue collée partout, de la boue verte plein les vêtements. On en avait jusque dans le slip et on sentait l'odeur de l'argile, cette forte odeur, cette odeur qui ressemble à celle du
pétrole et qui te porte au cour. Je te dis pas comment on s'est fais engueuler en rentrant, d'autant que marc avait perdu la lampe frontale de son père.
Un autre endroit de Montreuil où j'aimais aller, c'était les butes à Morel, du nom de l'ancien propriétaire. C'est devenu un parc depuis. Le parc des Guillands je
crois, c'est à la limite de Bagnolet, du haut des butes on voyait tout l'est de Paris, on voyait le château, le rocher du zoo et le bois de Vincennes.
Les butes étaient situées sur des anciennes carrières, utilisées pour la construction des murs à pêches. Etant petit il y avait un peu partout dans Montreuil des
grands murs blanc et gris, tout en plâtre ou en gypse. A l'époque, plus de la moitié de Montreuil, était des vergers.
Tu vois, nous aussi on avait des vergers.
Il faut savoir que l'ancien nom de Montreuil sous bois est Montreuil Pêche, certainement grâce aux vergers. Puis c'est devenu Montreuil-sous-bois, à cause du Bois
de Vincennes qui est juste à côté. La légende dit que Saint Louis qui vivait au château de Vincennes, venait prier à l'église de Montreuil. Elle à été construite entre 1180 et 1220 et qu'il
passait par le souterrain qui les relient l'un à l'autre.
Il paraît qu'on pouvait circuler à sept chevaux de front dans le souterrain, d'après la légende. J'ai jamais vu le souterrain, mais l'église, elle, est toujours là
et toujours aussi majestueuse.
Quand j'étais gosse, j'allais jouer dans les carrières de plâtre des butes à Morel. C'était bien ! Peut-être aussi parce que c'était interdit, c'est beaucoup plus
marrant quand c'est interdit. On creusait dans la craie avec des bouts de bois qu'on affûtait en les frottants sur des morceaux de silex noirs qu'on trouvait sur place, et qui nous servaient eux
même pour sculpter. On croyait être de grands artistes, il faut dire que trois coups de bâton sur un bout de craie, quand t'es gamin ça ressemble tout de suite à quelque chose. Mais quand t'es
petit tes rêves te permettes de remplacer le talent que t'as peut-être pas.
Un truc qu'on adorait faire aussi c'était jeter des gros blocs de calcaire dans ces énormes marres d'eau que les engins de chantiers avaient laissée. C'était
marrant ces grandes gerbes d'eau qui éclaboussaient tes copains en retombant dans les énormes étendues d'eaux. Des vraies piscines olympiques ces trous d'eau.
D'ailleurs l'été, quand il faisait vraiment chaud, on profitait du fait que les carrières étaient soit disant fermées, pour aller piquer une tête dans les trous
remplis d'une eau bleue verte, limpide, presque transparente. Le fait que l'eau ne bougeait pas parce qu'elle était protégée du vent par les falaises de la carrière, le bain était vraiment très
agréable tant l'eau était chaude. Une fois que nous avions bien joué en bas de cette carrière, pour se sécher un peu on remontait sur le dessus des butes. Là où le terrain était en friche, dans
les herbes hautes et nous aussi on allait chercher des orvets.
On jouait avec les papillons et les crapauds qui se gavaient de sauterelles. Les grenouilles elles, étaient en bas de la carrière vers les marres. Et quand il
faisait bien chaud et sec, ce qui nous fascinait, c'était les lézards qui restaient des heures sans bouger en plein soleil. Forcement ils n'étaient pas trop dérangés, l'endroit était interdit au
public et suffisamment vaste pour qu'on cohabite sans se gêner. Mais je me souviens à cette époque, on allait parfois très loin de chez nous pour chercher des bestioles en tout genres.
On allait là où maintenant se trouvent les collines de la Boissière. Ces énormes cités, quand j'étais petit, c'était un tout aussi énorme bidon ville, qui démarrait
en haut, du boulevard qui même au fort de Rosny et qui descendait jusqu'à la pleine, là où est maintenant le centre commercial de Rosny deux.
A cet endroit, ils y avait des vieilles cabanes en bois et en tôles ondulées avec des grandes bâches en plastiques, au beau milieu des terrains vagues, là où
personne ne venait, un coin abandonné de tous. Je pense maintenant que c'était surtout un coin que personne ne voulait voir. C'est certainement dû au fait que des familles entières de manouches
vivaient là. Sans véritable maison, en essayant de s'abriter sous les tôles ondulées complètement rouillées. Mais c'est là avec mes potes qu'on adorait venir, d'une part parce que les manouches,
quand tu les connais bien, ce sont des gens qui te donneraient leur chemise et en plus on était devenus copains avec leurs enfants. Ils allaient dans les mêmes écoles et les mêmes classes que
nous. Pour certains on connaissait les parents, sans savoir où ils habitaient. On les voyait toutes les semaines sur les marchés.
Une bonne partie d'entre eux étaient forains. Et les petits manouches eux, savaient où on pouvait trouver les grenouilles, tritons et autres salamandres.
On passait des mercredis entiers à se balader dans des herbes plus hautes que nous, il y avait aussi des ronces, des lianes et aussi cet espèce d'arbuste qui a
comme des pompons blancs, ces pompons sont composés de fibres comme des plumes. Quand on souffle dessus çà vole. Je crois que la fleur de ce truc s'appelle un chaton.
Une fois mon copain Tony avait un briquet sur lui et juste pour voir il à allumé une des fleurs de cet arbre. C'était en plein été et tout était bien sec et en
quelques secondes l'arbre entier était enflammé. Puis il s'est éteint tout seul, à la même vitesse qu'il s'était allumé, seul les chatons ont cramé, un peu comme une feuille de papier à rouler
des cigarettes, quand tu les brûles et qu'elle sont vide.
Et je sais de quoi je parle, car si Tony avait un briquet, c'était justement pour allumer nos premières cigarettes. Quelques fois composées de mégots ramassés à
l'aveuglette dans les rues. On déchirait le papier, puis on mettait tout le tabac dans une boite en fer, ensuite on avait acheté des feuilles et on recomposait des cibiches. Quand les finances
manquaient, on fumait des brins d'herbes séchées sous les tôles dans du papier journal ou pire on cassait des morceaux de liane qui étaient autour de nous et on les fumait. C'était dégueulasse,
mais on se sentait presque des hommes du coup.
A cet endroit il y avait une marre et heureusement que l'arbre en question n'était pas entouré de végétation dense et bien sèche, mais juste de l'herbe verte, sinon
je crois qu'il aurait mis le feu à plusieurs kilomètres de végétation sauvage.
Et je pense que plein de pauvres gens auraient été obligés de trouver un autre abri pour se loger.
Tu me diras, ils les ont expulsés comme des malpropres quand ils ont construit leur cités de merde et leur centre commercial. A croire que les grenouilles ne
rapportaient pas assez d'argent.
Mouuuuaaarrffff !
J'adorais me promener dans la nature, aussi bien dans ces grands espaces encore sauvages, que dans notre joli parc, où suivant les saisons, je pouvais ramasser des
marrons et des châtaignes, des noisettes et autres glands, en se promenant dans les allées du parc. Je ne dis pas que le gens qu'on croisait dans les allées étaient des glands, quoique
!
Bref, dans ce parc donc, on allait aussi voir dans les deux grands bassins, si on voyait les carpes. Elles nous paraissaient énormes, c'est alors qu'avec mon copain
Denis, on avait acheté du fil de pêche, des bouchons, des hameçons, des plombs enfin tout ce qu'il fallait pour pêcher
ces fameuses énormes carpes, mais aussi les petit gardons et même pourquoi pas, les poissons rouges qui vivaient avec. Puis on allait au lac comme on disait, et
avec une branche d'arbre à laquelle on avait accroché notre ligne. Oui, on pouvait pas se promener avec des cannes à pêche, ça se serait vu et la pêche était interdite. Alors on pêchait chacun
notre tour, pendant que l'autre faisait le guet, surveillant les allées et venues des gardiens du parc, qui étaient là pour empêcher les gens de pêcher dans les bassins. Je pense que c'est ce
jour là, après avoir attrapé un beau gardon, que j'ai attrapé cet amour de la pêche. Je peux dire que la pêche est pour moi un virus qui depuis, ne m'a jamais quitté.
C'est à cette même époque que je suis allé en vacances une semaine dans la famille de la cousine de mon père près de Fontainebleau, ils habitaient au bord du canal
et la semaine où j'y étais il y avait un concours de pêche.
J'ai eu la chance de pouvoir m'inscrire sur place, et d'avoir comme emplacement imposé, l'endroit où je pêchais habituellement. Je me suis installé, donc au bout du
jardin de la cousine qui venait régulièrement voir si je ne manquais de rien. Il faisait beau et les gens étaient super sympas. Ce jour là, j'ai attrapé quelques gardons, ce qui m'a permis
d'obtenir un prix. A ma grande surprise, mais j'avais pêché le plus petit poisson du concours et il y avait une récompense pour çà. J'étais super fier quand je suis revenu avec mon prix à la
maison, même si le lot qui correspondait à ma prise n'était qu'un coupe ongle. J'avais obtenu un prix à mon premier concours de pêche, ce qui n'était pas le cas de tout le monde.
C'était l'été et j'aimais bien aller chez eux, la cousine de mon père était très gentille et son mari super marrant, je pouvais faire tout ce qui me plaisait, ils
avaient une fille de mon âge, qui avait deux copines gentilles aussi, surtout l'une des deux qui elle était très gentille.
Et deux autres cousins de notre âge étaient là également, sympa, donc on était assez nombreux et on s'amusait bien.
Et cette fois-ci, j'y suis retourné pour un mois, et quel mois ! Au mois de juillet je crois et il faisait vraiment très chaud. On allait se baigner dans le Loing,
à Moret, la rivière était magnifique avec ses cascades, sa plage de sable fin, le sable du coin de Fontainebleau est super fin. On jouait dans l'eau au ballon, j'avais un masque, des palmes et un
tuba, pour regarder les poissons, mais vu le raffut qu'il y avait autour, je risquais pas d'en voir. Surtout que tous les gens du coin se retrouvaient à cet endroit pour se baigner, ce qui était
très bruyant mais bien sympathique.
Pendant ces vacances mes parent nous avaient rejoint un week-end, on était allé faire un tour en forêt, et le cousin nous avait fait découvrir des coins
inoubliables, avec d'énormes rochers au cœur d'une immense étendue de sable blanc. Un paysage qui ressemble un peu à ceux que l'on voit dans les western.
Ce jour là un autre cousin à mon père nous avait rejoint, un sacré bout en train qui faisait dans les 120 kilos minimum, avec le teint rouge certainement dû au fait
qu'il travaillait à l'extérieur tout l'année. On aurait dit un gros bébé. On l'adorait ! Et ce pour une raison bien simple, il nous faisait faire toutes les bêtises possibles et imaginables, mais
en prenant tout à son compte, pour qu'on ne se fasse pas trop enguirlander.
Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais emporté par l'élan, je pense, mon père se met à escalader les rochers, puis ils se met à sauter de l'un à l'autre avec ses
cousins, de vrais gamins. Et c'est pas triste des gamins d'une cinquantaine d'années en train de faire l'andouille comme si ils avaient six ans. Leurs femmes en bas des rochers, rigolaient de les
voir faire les pitres. Mais mon père à rigolé un peu moins quand il à décousu tout l'arrière de son pantalon en sautant sur un rocher un peu plus lointain que les autres. Il l'avait déchiré du
passant pour la ceinture qui se trouve à l'arrière, jusqu'à la braguette, une ouverture de plus de trente centimètres.
Le bénouze était foutu. C'est avec un gilet autour de la taille qu'il à fini la journée.
J'adorais être chez eux, parce que mon père redevenait un gosse en étant avec ses cousins. Mais comme toutes bonnes choses, les vacances ont une fin.
De retour à Montreuil en attendant la rentrée des classes, avec impatience pour une fois. Et pour cause que j'étais impatient, voilà qu'était arrivé l'âge d'aller
au collège. Là, plein de choses ont changé. C'en était fini pour le moment, des grenouilles, tritons parties de pêche et tout çà. J'étais devenu un grand. Tu te rends compte, j'allais au collège
en bus. Sept stations qu'il y avait entre la maison et mon collège. Ha ! Cette année là ! J'étais vachement fier d'aller seul en bus à l'autre bout de la ville. Oui seul de mon quartier à aller
dans ce collège. Il était prévu que je sois avec mes deux potes préférés, mais ils n'étaient pas là. Il faut dire qu'on faisait tellement de conneries à cette époque là, que mes parents m'avaient
menacés de me mettre en pension. Mais pour mes potes, les parents ne les ont pas que menacés, ils l'ont fait.
Du coup, il ne me restait plus qu'à me faire de nouveaux copains dans ce nouveau collège.
J'ai grandi d'un coup, mais j'ai surtout grandi politiquement, on était en mille neuf cent soixante huit.
L'année scolaire s'est déroulée sans incident majeur, contrairement à l'année sociale qui agitait beaucoup plus, les grands chevelus des classes supérieurs. Nous
sommes arrivés à ce joli mois de mai, je me souviens ce jour là, j'avais un cours d'anglais et ma classe était au deuxième étage, tout au bout d'un couloir super long. Les événements qui
agitaient le pays duraient depuis plus de deux semaines et s'amplifiaient de jour en jour. Tous les jours on voyait les CRS, les Compagnies Républicaines de Sécurité, tu parles d'une sécurité !
Plus ils étaient autour de nous, plus ils se sentaient fort et plus ont avait peur. Il y avait pas de quoi avoir peur pourtant ! Ils étaient protégés par des combinaisons rembourrées, ils avaient
des boucliers , des casques, des matraques, des grands bâtons recouverts de cuir, des grenades lacrymogènes et ils étaient armés de fusils avec des balles en caoutchouc.
Remarques ! Aujourd'hui ils sont encore mieux équipés et je me demande si ce sigle de CRS ne voudrait pas dire Compagnons de la Répression Sarkosienne, une sorte de
secte quoi !
Enfin bref ! En regardant par la fenêtre, tous les jours on les voyait charger les étudiants qui formaient des groupes de plusieurs collèges réunis. Et ce jour là,
on était debout, sur nos tables qu'on avait poussés contre le mur, juste sous les fenêtres pour mieux voir ce qui se passait dans la rue. Les grands passaient en bas, sur le trottoir, coursés par
des groupes de policiers en tout genre. Il y avait du keuf en civil, du poulet en képis, et nos amis cow-boys, les condés emmitouflés. Comme dirait Renaud : « Les matraqueurs assermentés qui
fignolèrent leur besogne ».
Quand un de mes potes à eu la riche idée d'attendre que les flics soient juste en dessous de nous, pour balancer les chaises puis les tables de la classe sur les
CRS, dans l'euphorie du moment, on s'est tous mis à l'imiter en gueulant " C.R.S S.S ".
Sur le coup, l'idée nous paraissait géniale. C'est quand les roussins sont rentrés dans l'école et qu'ils ont chargés en tapant sur tout ce qui bouge encore, après
avoir lancé des grenades lacrymogènes dans quasiment toutes les salles, que l'idée nous a paru beaucoup moins bonne.
Mais bon, aujourd'hui ça fait de bons souvenirs, quitte à passer pour un vieux con vis à vis des gosses, on est content de pouvoir dire :
J'y étais !
Et encore, moi j'avais que dix ans.
Dix ans ! c'est à cet âge que j'allais retrouver ma mère à la sortie de son boulot.
J'adorais aller la chercher, je prenais le bus puis le métro.
Tout d'abord le bus, tu sais ces vieux bus que t'as du voir à la télé ou dans les vieux films, à moitié vert en bas et jaune beige pour la partie
supérieur.
Devant il y avait le moteur qui dépassait entre deux énormes ailes en forme de garde boue. Et en haut au dessus du pare-brise il y avait le numéro de ta ligne de
bus. Il y avait une plate-forme à l'arrière du bus, tu pouvais courir pour prendre le bus entre deux arrêts pendant qu'il roulait, faut dire qu'ils roulaient pas bien vite. Il y avait un agent de
la RATP à l'arrière du bus, à qui tu donnais ton ticket, il le passait dans une espèce de moulinette et le ticket ressortait imprimé. Il n'y avait pas de bande magnétique, ni machine.
L'oblitération du ticket se faisait soit à l'arrière du bus, soit par le chauffeur. Après on a eu des bus plus modernes, fermés derrière avec le poinçonneur dans une cabine vitrée, pour éviter
qu'il s'enrhume avec les courants d'air, près de la porte du fond. On pouvait monter soit devant soit par l'arrière du bus.
Donc pour aller chercher ma mère, je prenais le bus d'abord et ensuite je prenais le métro. Tu vas te marrer, mais ce qui me manque le plus de Paris aujourd'hui,
c'est cette odeur de métro. Cette odeur bien particulière que tu sentais en descendant les marches avant même d'être dans la station.
Ensuite, tu descendais l'escalier qui menait vers le quai et c'est seulement en bas des marches, juste avant le quai, que tu avais un poinçonneur. Tu lui donnais
ton ticket et il te le rendait avec un joli petit trou. Il n'y avait pas de tourniquets automatiques ni de portes hydrauliques en haut de la station. Il y avait une cabine en verre où les agents
vendent les tickets. Et suivant les stations, en face des la guitoune en verre, il y avait un appareil avec plein de boutons, un écran sur lequel il y avait le plan de métro et à chaque station
du plan, un point lumineux. Tu appuyais sur le bouton qui correspond à la station où tu dois aller et ton parcours s'allumait, avec une couleur différente pour chaque ligne de métro que tu dois
emprunter, pour bien voir les correspondances. Je trouvais ça marrant. Ensuite, quand tu étais sur le quai, au milieu il y avait un chef de quai dans sa petite cabine, il était là pour surveiller
le quai en cas d'incidents, d'accidents, pour renseigner ou pour aider les gens.
Un autre truc marrant qui à disparu, c'est les distributeurs de chewing-gums et de bonbons qui était sur les quais comme les distributeurs de barres chocolatées. En
principe, il y avait un appareil à gauche de la cabine du chef de quai et un autre à droite. Le seul souci, c'est que quand un distributeur t'avalait ta pièce, tu allais te plaindre au chef de
quai ou au chef de station en haut. Il te prenait tes coordonnées et te disait qu'on allait te rembourser par courrier. Et quelques fois, deux ou trois mois après tu recevais l'équivalent de la
somme que tu avais dépensée. Mais pas par un chèque, un mandat ou même en ticket de métro, non en timbres poste.
En allant chercher ma mère, je partais toujours un peu plus tôt, pour pouvoir descendre en chemin, aller m'asseoir sur un de ces vieux banc en bois peint en rouge
foncé qu'il y avait dans les stations, ces stations toutes carrelées de carreaux de faïence blanc. Il m'arrivait de laisser passer deux ou trois métros et de rester à regarder les gens passer,
puis je remontais dans le métro suivant, ces vieux métros qui n'existent plus aujourd'hui.
Les métros avec les wagons verts pour les deuxièmes classes et les wagons rouges pour les premières classes, en première ils avaient des banquettes en plastiques
rembourrées, alors que nous, en seconde, on avait des banquettes en bois, mais vernies.
Ce que j'aimais faire aussi, c'était de passer d'une voiture à l'autre. Les portes entre les wagons n'étaient pas fermées, du coup quand t'en avait assez de
regarder toujours les mêmes têtes dans ton wagon, tu passais dans l'autre juste à coté. En évitant bien sûr celui des premières, car le tarif n'était pas le même et les contrôleurs passaient très
souvent. Les tickets avaient des couleurs différentes suivant leur tarif. Ensuite, bus et métro se sont modernisés de plus en plus. J'étais sur la ligne neuf et on a eu de la chance, on a été
dans les derniers à avoir les nouveaux métros. Des métros qui nous secouaient plus, avec des banquettes confortables aussi bien en seconde qu'en première classe. Plus question de passer d'un
wagon à l'autre. Des métros silencieux depuis qui roulent sur des pneus. Oui les anciens étaient comme les trains, avec des roues en acier. La nostalgie fait que je les trouve moins
bien.
Remarque, je vais finir par penser que je suis vieux, comme je te disais tout à l'heure, j'ai connu les poulets quand ils avaient des képis. D'ailleurs, c'est
dommage, un mois après m'être fait tatouer sur le bras, une tête de mort qui porte un képi, pour changer du traditionnel mort aux vaches, les flics se sont mis à porter des casquettes, ces cons
là !
Ma première année de collège s'est terminé dans le folklore de cette fabuleuse année de 1968.
La chance que j'ai eu l'année d'après, c'est d'aller au collège dans Paris, pour la plus grande joie de mes narines, je pouvais prendre le métro tout les jours.
Cette année là, je commençais à fumer pas mal et à l'époque, je descendais souvent en cours de chemin pour fumer ma clope le temps que passe un ou deux métros.
On prenait également le métro pour se rendre en groupe à la piscine avec l'école.
Elle était fantastique. Pour se changer on allait soit au premier, soit au second étage, car tout le tour du bassin il y avait de grands balcons, qui nous
permettaient de regarder les gens se baigner. Sur ces mêmes balcons il y avait les cabines individuelles dans lesquelles on laissait nos vêtements. Les profs de l'école nous avaient demandés de
se mettre à deux par cabine, et ça, j'ai adoré.
Surtout quand ma petite copine du moment m'a proposé de partager la sienne. Je crois que c'est les meilleurs souvenirs que j'ai de cette année là.
Puis je suis revenu dans un autre collège de Montreuil l'année suivante. Un collège qui était encerclé par les vergers et les petits chemins où les voitures ne
pouvaient pas entrer. Ils faisaient à peine plus d'un mètre et demi de large, et se croisaient les uns les autres tout les cent mètres. C'était un vrai labyrinthe, chaque verger avait ses quatre
murs de plâtre, qui eux mêmes étaient bordés par un chemin.
On pouvait prendre un chemin différent presque chaque jour pour se rendre de l'école à la maison. Un de ces chemin menait à un terrain vague où il y avait un petit
étang. J'allais souvent au bord de ce petit lac et cette année là la ville de Montreuil avait décider de construire un autre collège pas très loin du notre et d'assécher l'étang. Avec un copain
on est allé voir et je dois dire qu'on à été bien étonnés en voyant les quatorze épaves de voitures volées qui avaient été sorties de la vase et entassées sur la berge. Puis le chantier à grossi
et un joli collège tout neuf est sorti de terre, au détriment des vergers alentours qui ont disparu.
J'ai fini mes études à Montreuil sauf la dernière année de ma scolarité. Enfin quand je dis la dernière année, c'est un bien grand mot. J'étais tellement studieux à
l'école et çà m'intéressait tellement que mes parents, ne sachant plus quoi faire de moi, ont décidé de me mettre dans une école de comptabilité.
Alors je suis allé dans cette fameuse école pendant au moins un mois, puis l'envie se faisait de plus en plus rare, je décide de ne plus y aller.
Bien sûr j'avais oublié de mettre mes parents au courant de mes intentions. Tout se passait bien, quand un jour je rentre à la maison, mon père me demande si tout
va bien à l'école, je lui dis que oui. A ce moment là, j'ai pris une baigne ! Et mon père me dis : « Tu te fouts de moi, y a trois mois qu'ils t'ont pas vu à l'école ». En effet, j'étais passé en
conseil de discipline et ils avaient décidé de m'exclure définitivement de l'école. Mes parents étaient fous de rage et moi soulagé sachant que quelques jours plus tard j'allais avoir seize ans.
Pour moi le calvaire allait s'arrêter.
Mes parents qui avaient une petite maison de campagne, ont décidé de m'y envoyer pour que je cesse d'une part de voir mes copains qui auraient eu soit disant une
très mauvaise influence sur moi d'une part, et d'autre part puisque je ne voulais rien foutre à l'école, pour que je travaille afin de gagner un peu d'argent. Et n'ayant aucune spécialité c'était
certainement pour que je bouffe aussi un peu de vache enragée.
C'est à ce moment là, que je suis rentré dans une fromagerie pour travailler à la chaîne.
C'était pas très passionnant, mais j'étais quand même content, car d'une, j'allais plus à l'école et ça c'était un vrai bonheur et de deux, je gagnais un peu de
fric.
L'ambiance était bonne car on était une équipe de jeunes, les plus vieux de notre chaîne devait avoir vingt cinq ans à tout casser. L'avantage d'une équipe jeune,
se voyait surtout le mercredi. Nous pouvions quitter quand l'ensemble de nos fromages étaient retournés et remis sous presse. Alors le mercredi plus que les autres jours, on fonçait comme des
malades et c'est en cinq heures que le boulot prévu pour sept était fini. De ce fait à dix heures du matin tu voyais notre équipe se balader au marché, la journée de boulot était fini. C'est un
peu après que la direction nous a rajouté quelques tonnes de fromages en se disant que nous arriverions à les retourner en sept heures. C'en était fini du marché le mercredi, il fallait foncer
tout les jours pour finir juste à l'heure et bien fatigués.
Mais heureusement, à cette époque à la campagne, les week-ends il y avait les bals. Je me souviens d'un bal du premier mai, ça tombait en semaine et mes parent
n'avaient pas pu venir, ils étaient restés à Montreuil.
Je suis donc parti au bal en plein après midi avec deux de mes potes, Philippe et son cousin Francis. On était en mobylette, il faisait un soleil magnifique, et au
bout de quelques bières, il faisait même très chaud. Au point d'avoir du mal à enfourcher nos mobylettes.
La mienne avait le câble d'accélérateur qui était cassé au niveau du guidon. Pour conduire il fallait que je tienne le guidon de la main gauche et que je tire sur
le câble de la main droite pour qu'elle avance. Déjà à jeun, c'est pas gagné, alors bourré imagines le bordel. J'étais tellement imbibé, que je me suis vautré au moins trois fois au moment de
repartir du bal. Alors mon pote Francis est monté derrière moi, il tenait le guidon et me demandait de tirer sur le câble.
C'est comme çà qu'on est arrivés tant bien que mal chez lui. Il n'y avait personne, nous entrons par le sous sol, il me demande si je veux boire un coup. Il aurait
pas dû, comme si c'était le moment de boire, à se moment là ! Je vois une bouteille de Perrier et vu mon état, j'avais soif, mais soif , je prends cette saloperie de bouteille et je commence à
boire au goulot, j'arrive environ à la moitié quand mon pote me l'arrache des mains et gueulant, mais ça va pas, t'es malade ! c'est de l'eau de vie ! A peine quelques secondes plus tard, ses
parents rentrent. Nous trois, plantés au beau milieu du sous sol, droit comme des i. Ses parents me disent bonjour. Je réponds bonjour messieurs dames, puis ils partent et montent l'escalier qui
mène à l'intérieur de leur maison. Ils avaient à peine fermé la porte que je m'écroule comme une merde au milieu du garage. A ce moment là, mes deux potes m'ont hissé vite fait sur ma bécane et
m'ont ramené jusque chez moi comme ils ont pu. Je hurlais tellement fort qu'il ne fallait pas prévenir les voisins, que la voisine d'en face est sortie pour venir voir ce qui se passait. Je suis
resté trois jours au lit, malade comme un chien.
Heureusement que la fameuse voisine venait de temps en temps pour me donner à manger, me faire du café, me donner à boire, (de l'eau ce coup ci) et surtout pour
voir si ça allait bien. Elle à été adorable et mes parents n'ont jamais rien su de cette lamentable histoire.
Le travail à la chaîne, c'était bien, mais c'était quand même pas ma tasse de thé. Et puis il y avait autre chose qui me gênait beaucoup plus, je ne voyais plus mes
copains Montreuillois. Alors j'ai fais tout ce qu'il fallait pour revenir travailler à Montreuil.
Coup de chance pour moi, il y avait un bureau d'études à Montreuil, qui possédait un laboratoire de géotechnique qui cherchait un apprenti laborantin. Je me suis
présenté et cette belle aventure à durée pendant sept ans. J'allais un peu partout en France, pour faire des prélèvements dans toutes sortes de terrains.
Puis je revenais pour les analyser au labo. Très vite, je suis passé de aide laborantin, à laborantin. Au point de vue boulot ça changeait rien, mais au point de
vue salaire, c'était complètement différent. La boite était assez folklorique à l'époque. J'étais avec un vieux bonhomme qui avait au moins cinquante trois ans quand je suis rentré dans la boîte,
faut dire que moi j'en avais seize. Et qu'à cet âge là, tout ce qui a plus de quarante ans est déjà vieux. Le chef du personnel était prêt à partir en retraite, une personne qui parlait super
fort, avec un accent pieds noir à couper au couteau. Il y avait une section géomètres, leur chef un autre vieux, un roumain avec un de ces accents aussi. Une autre section dessin industriel et
routier, avec un chef assez marrant, un type qui s'absentait régulièrement et qui plus le temps passait dans la journée, plus il devenait difficile de le comprendre . Il y avait deux annexes de
l'autre coté de la rue, mais notre ami devait confondre avec une troisième annexe qui s'appelait aux trois marches, c'était le café du coin. Il y avait un autre gars qui était tireur de plans,
sympa et un peu plus jeune que les autres, mais tout autant folklo.
Je me souviens tous les midis on mangeait tous ensemble, dans le laboratoire, un de ces labos comme tu peux te l'imaginer, tout blanc, tout en carreaux de faïence
avec un évier tout les trois mètres, il y en avait quatre dans la pièce, les murs étaient peint en blanc aussi et des grandes baies vitrées toutes en verre cathédrale sur la longueur totale du
labo. On mangeait sur la paillasse puis une fois le repas fini, pour digérer, si ce n'est le repas, au moins le litre de rouge que chacun des anciens s'étaient descendu durant le repas, on allait
au trois marche, boire un café pour moi et un café arrosé pour mes collègues plus âgés. Le vendredi chacun y allait de sa tournée de digestif, autant te dire que le vendredi après midi était
laborieux. Il arrivait que mon chef aille faire un petit somme dans le petit atelier qui était derrière le labo. J'aimais bien cette période de ma vie. A cette époque là, au début je n'avais pas
le permis, alors c'est le chef qui m'emmenais en voiture un peu partout en France pour faire nos prélèvements, il était dix fois plus sympa quand on était en déplacement tout les deux loin de la
boîte, que quand on était au labo avec les autres.
Ensuite j'ai eu le permis et je partais seul sur mes chantiers. Ça a duré jusqu'à ce que je parte à l'armée. Un peu avant mon départ le chef du personnel est parti
à la retraite. Et mon chef de labo devait partir pendant mon service militaire.
Puis je suis parti au mois de juin à l'armée, en Allemagne à Baden Baden, à contre cœur, quasiment à reculons. En effet j'étais antimilitariste, donc c'était pas
vraiment la joie pour moi. J'aurais bien été objecteur de conscience, mais une fois ta déclaration faite, il fallait faire seize mois, alors non merci. En arrivant la première chose qui nous a
été demandée, c'était de passer à l'habillement. On avait franchement l'air fin avec pour les trois quarts d'entre nous les cheveux longs et habillés en bidasse en attendant que les places se
libèrent chez le coiffeur. On avait pas trop le cœur à ça, mais on s'est quand même chopé un bon fou rire.
Puis j'ai fait mes classes à Baden-Oss, c'est là que j'ai appris à faire semblant d'être un homme, en jouant au petit soldat, en écoutant bien ce qu'on te dit, en
marchant bien au pas, enfin à être un vrai faux cul pour qu'on te foute la paix jusqu'à la fin de tes classes. C'était juste à côté de Baden Baden, là où il y a une grande caserne, c'était le
quartier général des FFA, là on m'a proposé soit d'être dans les bureaux, soit de devenir chauffeur de général. J'adorais conduire et je me suis dis que ce serait peut-être un bon moyen de
visiter l'Allemagne pour pas cher. Et en effet, j'ai eu l'occasion de visiter. Ils m'ont nommé chauffeur grand pool, c'est à dire que j'avais pas un général d'attitré, mais quand un gégène avait
besoin d'un chauffeur pour plusieurs jours, c'était moi qui le promenait. Je préférais ça que d'être le larbin du même général, de sa bonne femme et des ses gosses, pendant un an. Ça m'a permis
de vivre quelques moments inoubliables et d'avoir quelques anecdotes à raconter aujourd'hui.
Je me souviens d'une partie de chasse organisé par le général en chef des FFA. Chacun d'entre nous avait en charge un général, on les amène sur le terrain de
chasse. Et pendant qu'il se font plaisir, à gambader dans les bois, nous les chauffeurs on les attend près d'une grosse marmite de vin chaud, qui ne nous avait pas laissés indifférents. Comme il
faisait très froid, si si, y a des coins où tu cailles vraiment en Allemagne l'hiver, alors on se réchauffait de plus en plus avec le vin de moins en moins chaud. Puis les vaillants chasseurs
sont revenus, ils ont pris un verre de vin et nous en ont offert un, au cas ou on en aurait pas eu, puis on est reparti. Nous nous sommes mis en convoi pour les ramener. Il faisait un froid sec,
il gelait, mais il y avait un beau soleil. En rentrant à la caserne, tout au long du chemin, je regarde dans mon rétro et je vois mon pote derrière les phares allumés et les essuies glaces en
fonction. Une fois les généraux descendus des voitures, nous on est rentrés au garage. A l'arrivée je vais voir mon camarade et j'ai pas eu le temps de l'ouvrir qu'il me dit, t'as vu un peu ce
putain de brouillard.
Avec les autres, on s'est fendus la gueule en lui proposant un chiffon, pour qu'il retire la buée qui était sur son pare-brise et on lui à suggéré une petite
sieste.
On a tous des tas d'anecdotes sur notre service militaire, mais bon, je vais pas m'éterniser la dessus.
Si, y a quand même un truc qui est marrant, c'est qu'il a fallu que j'aille à l'armée pour m'écœurer avec des langoustes et du caviar. Oui je sais ça paraît dingue.
Il se fait que la moitié des chauffeurs était de permanence à Noël et l'autre moitié au jour de l'an. Donc le soir du réveillon, je ne sais plus lequel, j'étais de la baise, comme on dit. En fin
de soirée, une fois le réveillon fini, chacun va rechercher son général pour le raccompagner chez lui. Le mien, c'était un général américain invité à la résidence du général en chef.
Je devais le ramener à son hélicoptère, pour qu'il le ramène à Heidelberg, là-bas il y avait une grosse caserne américaine, mais tout le long du chemin il voulait
d'une part, conduire ma magnifique R16 alors qu'il était raide bourré et de l'autre, échanger sa casquette contre mon béret. Autant te dire qu'il n'a eu ni l'un, ni l'autre. Mais c'est qu'il a
fallu le pousser au cul pour le hisser dans l'hélico. bon, une fois cette corvée terminée, je rentre au garage ne pensant qu'à une chose, aller dormir enfin. Et là bien sûr le téléphone sonne, on
se dit ça y est encore un gégène bourré à ramener. Mais non, c'était le général en chef des FFA qui voulait que tous les chauffeurs montent à sa résidence. On s'est dit, tu va voir qu'ils vont
nous demander de tout ranger avant d'aller dormir. J'aime autant te dire qu'on s'est pas pressés pour y aller. On arrive la haut, là il était planté devant une grande table sur laquelle il y
avait plein de trucs, il nous attendait. Quand on était tous descendus de nos véhicules, on s'est approchés de lui et là, le général nous dit :
« Vous emmenez tout les seaux qu'on vous a préparés et les bouteilles aussi, il doit plus rien rester ici, vous rentrez au garage, mangez et buvez à ma santé et à
celle du contribuable. Il n'y aura plus de mission pour cette nuit, j'ai donné des ordres pour qu'on vous foute la paix. »
Nous :
« à vos ordres mon général et merci. »
Une fois rentré, on se rend compte que ce sont des seaux plein de langoustes, homards, gambas, crevettes, caviar et mayonnaise. Il y avait de quoi manger et boire
du blanc du rouge et du champagne pendant plusieurs jours et pour tout les chauffeurs. On ne s'est pas couchés et nous avons passé certainement le réveillon le plus fastueux que nous n'aurons
jamais aussi bien en tant que militaire que comme civil.
Le reste de mon temps armée n'a pas été aussi joyeux. Quoique j'ai eu la chance comme prévu de me balader en Allemagne de long en large et en travers, de visiter
des coins magnifiques où je n'aurais à mon avis pas l'occasion de revenir de si tôt. J'ai même eu la chance une fois d'emmener un général à Bonn, l'ancienne capitale de l'Allemagne, on est restés
une semaine sur place, je le dépose, et je lui dis : « je rentre à Baden mon général ? »
Il me répond : « non vous allez coucher à l'ambassade de France et je vous donne une carte tricolore, c'est un ordre de mission permanent, profitez en pour visiter
le coin. »
Alors le soir même je suis allé me balader dans la capitale toute illuminée et j'ai trouvé un petit théâtre où j'ai pu suivre un concert que donnaient des jeunes
soldats américains qui chantaient à capella. C'était un vrai bonheur. Le lendemain j'ai pris le volant pour visiter les alentours, puis je suis allé de plus en plus loin pour me remplir les
mirettes un maximum, et là où j'ai fait une drôle de bobine, c'est quand j'ai vu la pancarte marquée : Halt Zoll. J'étais à la frontière Hollandaise, je me suis dit c'est pas grave je vais faire
demi-tour au poste frontière. Mais là ça s'est compliqué, quand je me suis aperçu que les douaniers étaient hollandais du côté où j'arrivais et allemands de l'autre côté. J'étais en véhicule
militaire français en Hollande et je rentrais en Allemagne.
Les Hollandais ont appelé les Allemands qui ont appelé les flics français, qui ont appelé mon général, tout ceci à pris une demie journée pendant laquelle j'ai
essayé d'expliquer par où je suis passé et je leurs ai montrer la route où il n'y avait pas de poste frontière, ni panneau. Puis ils m'ont laissé rentrer à l'ambassade. heureusement le général à
été super cool avec moi. Il n'y a eu ni sanction, ni punition.
La punition, je l'ai eu, mais pour un tout autre motif. Et je ne parle pas des quelques jours d'arrêt simple, où tu dors en prison, mais où tu continus à vivre
normalement la journée. Ça, c'est quand t'as fait une petite connerie. Je ne parle pas non plus du mois d'arrêt de rigueur, où là tu reste en prison jour et nuit, sans cloppe et sans lecture.
Sauf quand le chef de poste est sympa, et qui ferme les yeux quand un de tes potes te rends visite.
Non quand je parle de vraie punition, je parle de la forteresse. Cette fameuse forteresse qui est imaginaire d'après le petit bouquin qu'on te donne quand tu es
incorporé dans l'armée. Il y est écrit “N'allez pas croire cette légende qui dit que si vous faites une bêtise, l'armé vous jette en prison dans une forteresse. Les forteresses, n'existent
pas.”
Personnellement j'étais à Landau, dans une magnifique forteresse du moyen-age. Avec ces magnifiques énormes pierres qui servent de mur. A trois mètres du sol une
lucarne avec de magnifiques barreaux. La lumière, c'est pas toi qui gère, l'électricité ne s'allume que de l'extérieur de ta cellule. Si tu veux aller aux toilettes, tu frappes à ta porte et tu
attends que le gardien arrive. Il te demande ce que tu veux, puis sans ce presser il va chercher quatre sentinelles armées, puis ouvre ta porte. Ils t'accompagnent aux toilettes, (des toilettes à
la turcs qui n'ont pas de porte)là les gardes te tournent le dos. J'ai connu mieux comme endroit. Mais là où j'ai vraiment flippé, c'est quand j'ai entendu le détenu du chiotte à côté de moi me
dire :
«Tu es là depuis quand ? »
je lui dis que je viens d'arriver, il me dit :
« bah ! bon courage mon pote ! Moi j'ai tué un gradé dans une bagarre et je suis ici depuis sept ans, et je ne sais pas pour combien de temps. Ici quand on te juge,
tu n'assiste pas à ton procès. Et on ne t'annonce pas la sentence. »
Ensuite, les gardes nous ont gentiment priés de nous taire.
Je ne l'ai jamais revu.
Mais j'étais super inquiet. Avant l'armée je faisais de la boxe anglaise, du vô vietnam, du full contact, de la boxe thaïlandaise et quelques autres sports de
combat.
Un sergent instructeur d'art martiaux a vu mes licences et voulait absolument que je combatte pour l'armée. Moi qui étais antimilitariste et quasiment insoumis,
j'ai toujours refusé.
Mais un soir dans un bar, je me suis retrouvé face à face avec le sergent qui voulait me mettre une branlée, parce que je voulais pas me prendre des coups gratuits
pour les beaux yeux des soldats militaire de l'armée. Alors on s'est battu et quelques secondes plus tard, il dormait en boule sur le trottoir. Du moins c'est ce que je croyait. Ensuite la
polizeï est arrivée, ils m'ont embarqué, puis remis aux autorités françaises. C'est à ce moment là, que j'ai su qu'il était dans le comma. Ils m'ont emmené direct à la forteresse de
Landau.
Donc j'étais là, sans savoir si le sergent allait mieux ou si il était mort, mais je pensais sans arrêt à ce que m'avait dit l'autre détenu. Je m'imaginais finir
mes jours ici.
J'ai passé un mois dans ce merveilleux endroit sans avoir aucune nouvelle, sans savoir ce qui m'attendait. Puis un jour le gardien ouvre ma magnifique chambre
d'hôte et me dit de préparer mes affaires.
Deux heure plus tard, ,j'étais de nouveaux à Baden-baden dans une cellule qui ma parue plus que confortable. Le sergent allait mieux et avait demandé aucune
sanction contre moi. Mais il regrettait juste que je ne veuille toujours pas faire des combats inter-armées.
Puis mon temps d'armée s'est terminé, je suis rentré en France et j'ai repris mon boulot.
Quand je suis revenu de l'armée, tout avait changé dans la société. Avant mon départ pour l'armée le chef du personnel était parti en retraite, à mon retour j'ai
appris que mon chef était parti lui aussi, du coup me voilà bombardé chef de laboratoire. Cette expérience a duré pendant trois ans, mais ensuite le patron à décidé de fermer le labo et
d'agrandir la section dessin industriel. Alors je me suis retrouvé en formation de dessinateur routier. Je détestais ce job. Pendant plus de deux ans je faisais à peu de chose près le même
dessin.
C'était l'autoroute A4 et je faisais les profiles en travers. Donc tout les vingt cinq mètres une coupe. Autant te dire que les dessins sont quasiment tous
identiques, à part le fossé qui monte un peu ou qui descend. Ça m'a tellement gavé que j'ai quitté la boite.
Puis je suis rentré dans la grande distribution, dans un magasin d'électroménager qui possède plein de voitures riches en couleurs. Au début je suis rentré au SAV.
J'étais derrière un comptoir pour prendre les appareils du petit électroménager en panne, que les techniciens avaient en charge de réparer.
C'était pas loin de chez toi, c'était à Asnières. C'est marrant parce que j'habitais Montreuil, et je bossais dans une banlieue opposée à la mienne. A l'époque
j'étais toujours fourré dans ton coin. Je bossais là bas, mais en plus j'avais plein de potes qui étaient vers chez toi.
Une bonne partie de mes copains de Sézanne dans la Marne étaient boulangers à ce moment là, quatre d'entre eux travaillaient dans le seizième dont un qui habitait à
Levallois, route d'Asnières et quelques autres rue du bac d'Asnières. Et ils allaient dans un petit rade qui était à l'angle du pont d'Asnières coté Levallois. C'est d'ailleurs, dans se petit
café, Le Brazza que ça s'appelait. Le café était aux parents d'un de mes copains. C'est là que j'ai fait la connaissance de pas mal de mes copains de l'époque. Dont certains qui sont devenus des
amis. L'un d'entre eux habite maintenant lui aussi à Carhaix. Je me souviens à ce moment là, on allait manger presque tout les vendredis soir, un couscous dans un restaurant qui s'appelait La
Montagne à Levallois Perret, près de l'usine Fiat, pas loin de la Seine. On se réunissait tous au Brazza, on prenait un petit apéro, le temps que tout le monde arrive, ensuite on allait au resto.
Il était fréquent qu'on soit une bonne quinzaine à table.
On faisait ça le vendredi soir, comme çà, on avait tout le week-end pour se remettre de nos émotions, enfin pour ceux qui ne bossaient pas le samedi, voire le
dimanche.
Le Lundi, je retournai à Asnières, pour allez bosser. C'était pas vraiment de tout repos, d'entendre les gens se plaindre du matin au soir. Ils passaient leur temps
à m'engueuler. comme pour se défouler, à croire que j'étais responsable personnellement du fait qu'ils avaient acheté une daube. Mais heureusement on avait de bons moments aussi. Je me souviens
d'une des filles qui était à l'accueil téléphonique. Elle prenait les rendez-vous pour les techniciens télé, ceux qui allaient en clientèle, ce qui nous à valu quelques fous rires, elle devait
être très distraite quand elle à noté ce jour là comme adresse d'un client à la place de rue Pablo Picasso, la rue tableau Picasso par exemple. Parfois c'était le client qui nous amusait, une
fois l'un d'entre eux arrive au comptoir avec une écharpe jaune à la main et il me dit :
« je vous rapporte ceci, ce n'est ni à moi, ni à l'amant de ma femme, alors j'en déduis que c'est à votre technicien. »
Je me souviens aussi une fois ou j'étais de permanence un dimanche, nous avions fêté le départ à l'armée d'un de mes potes la veille et en sortant de boîte de nuit
j'ai ramené un copain chez lui, ensuite j'avais tout juste le temps de filer directement au boulot. Je ne me pose pas de question, j'y vais directement, en plus, c'est moi qui avait les clefs du
service après vente. Je passe chercher ma collègue au passage et nous arrivons juste à l'heure pour ouvrir. A ce moment là ma collègue mes dis de mettre deux trois cartons par terre derrière,
dans l'atelier, que je serais mieux et que ce serait plus confortable que par terre pour dormir un peu. Il faut dire que j'avais l'haleine d'un chacal qui aurait sucé une belette toute la nuit et
l'œil plus vitreux qu'un poisson pourri. Donc je l'écoute et je ne me suis pas fais prier pour aller roupiller un peu. Puis quelques heures plus tard, mes potes viennent me rendre visite au
boulot. Ma collègue me réveille, on discute un peu et mes copains me disent attends on revient, ils vont à leur voiture et reviennent avec un sac plastique.
Ils l'ouvrent et là, surprise ! Ils avaient ramené une bouteille de rhum. Moi qui n'étais plus trop étanche, je bois qu'une petite gorgée, mais ma collègue qui
trouvait çà très bon s'est enfilée une bonne rasade, puis une deuxième, puis une troisième.
Ensuite, bah ! Je suis allé la coucher gentiment dans mes jolis cartons bien chauds, puis j'ai fini la permanence tout seul, avant de la ramener chez elle défoncée
comme un terrain de manœuvre.
Heureusement ce dimanche là, nous n'avons eu que deux clients en tout dans la journée.
Autant te dire que le lendemain, le lundi, elle n'était plus très fraîche. Elle avait à son tour une gueule de merlan frit.
Ensuite j'ai vendu un peu d'accessoires pour ce Service Après Vente toujours à Asnières, c'était déjà beaucoup plus cool que de prendre les appareils en panne, les
engueulades et insultes en tout genre qui vont avec.
Puis j'ai changé de service après vente. Je suis allé à la Défense, pour l'inauguration d'un nouveau magasin dans le centre commercial des quatre temps.
La petite anecdote, c'est que ce jour là, j'étais seul derrière le comptoir d'accessoires qui nous servait aussi à prendre les appareils en panne. On servait les
gens, mais personne n'avait le droit de rentrer dans le local. Quand à un moment je vois un petit bonhomme cheveux gris, moustache grise, dans un imperméable gris, genre la gabardine de Colombo,
qui pousse la porte sans dire un mot, qui regarde en haut, en bas, à droite et à gauche, comme si il visitait et qui se promène au milieu de mes accessoires, entre les sacs d'aspirateurs et les
soupapes de cocotte minute. Je le vois qui me regarde et qui ne dit rien, juste un petit sourire, je hurle « DEHORS ! » Il ne dit rien, se dirige vers la porte et ressort comme il était venu,
puis il vient me voir du bon côté du comptoir et me dit : « Vous avez bien fait de me faire sortir, j'aurais mieux fait de m'annoncer avant, je suis Marcel Darty et je viens voir comment notre
nouveau magasin d'accessoires est agencé.
Je n'ai pas eu le temps de bien le voir, mais ce que je sais, c'est qu'il est bien gardé. »
C'est seulement à ce moment que je lui ai dis : « Bah, entrez donc, faites comme chez vous. » Il a souri, m'a demandé mon nom, puis il est parti pour rejoindre tout
un tas de gens qui étaient venu pour l'inauguration. Ensuite quand ils sont tous revenus ensemble, il m'a présenté comme si nous nous connaissions de longue date.
Ensuite j'ai de nouveau changé de service après vente, je suis arrivé en plein cœur de Paris, j'étais à Belleville, au métro couronne, dans un quartier haut en
couleurs. Le magasin se trouvait juste en face du marché qui allait jusqu'à Belleville , à notre droite il y avait le quartier Africain, à gauche le quartier Arabe, sur le trottoir d'en face
c'était le Juifs, un peu plus loin commençaient à s'installer les Asiatiques, en remontant vers Ménilmontant il y avait une forte concentration de Pakistanais et en redescendant notre rue, il y
avait les Portugais et juste en face les espagnols.
J'aimais bien ce quartier, ses couleurs, ses odeurs, c'était super vivant, tu pouvais voyager et manger chaque jour dans un pays différent. Je déjeunais à l'époque
dans un petit restaurant tous les midis ou presque. Oui, la serveuse était très accueillante et elle m'apprenait à parler sa langue. Je veux dire qu'elle m'apprenait à parler le Kabyle et son
mari m'apprenait à jouer de la guitare berbère. Parfois avec un des videurs du magasin, on allait manger le couscous juste à côté chez Ahmed, une petit restaurant algérien, un vrai bonheur. Oui
il y avait des videurs dans le magasin, il faut dire que le quartier était quand même assez chaud. C'est l'endroit ou se mélangent toutes les ethnies et toutes les religions où les gens se
supportent, mais le moindre prétexte est bon pour déclencher un conflit. Ces souvent dans le magasin qu'avaient lieu des bagarres, c'est pour ça qu'on avait des videurs. Il y en avait cinq et
chacun d'un pays différent, ce qui facilite le dialogue en cas de problème. Ils s'entraînaient dans une salle juste à coté du magasin, ce qui était bien pratique pour moi, je pouvais m'entraîner
avec eux.
A cette époque je pratiquais toujours quelques sports de combat. Tous les soirs j'avais mes quatre heures d'entraînement, mais il m'arrivait parfois le midi d'aller
soit à la piscine, soit de pratiquer un peu de close combat avec mes amis. Mais j'aimais aussi beaucoup aller au restaurant, il faut dire que je commençais à parler un peu l'arabe et aussi un peu
le kabyle grâce à la langue de ma copine.
Mais revenons au magasin, au début j'étais avec Edith, une petite bonne femme qui avait un sacré caractère. Un amour, nous nous entendions à merveille, malgré les
trente trois ans qui nous séparaient. Puis la société a créé une filiale, qui ne prenais plus les appareils en panne et qui ne ferait que de la vente d'accessoires, à ce moment est venu nous
rendre visite le patron de cette filiale et on m'a proposé de devenir responsable d'une boutique d'accessoires, ce que j'ai accepté aussitôt. Plus de gens qui viennent se plaindre d'être en
panne, mais uniquement des acheteurs potentiels, plus de gens qui viennent te demander d'être remboursés, mais des gens qui viennent pour dépenser leur argent, le bonheur quoi.
Le fait d'avoir comme clients des gens de tous horizons, parfois nous a fait éclater de rire, du fait de leur accent. Non pas que je soit moqueur, quoi que ! mais
parfois la sonorité de la langue prête à confusion.
Une fois, un client viens me voir au comptoir et je crois qu'il me dit :
« bijour missieu, je cherche une cachette pour la bitte à Max ! »
c'est du moins ce que j'ai compris et je voyais pas très bien ce que je pouvais faire pour lui, je le fais répéter, mais il me dis la même chose, alors j'appelle ma
vendeuse, des fois qu'elle le comprendrait mieux que moi et je lui dit d'écouter, je fais encore répéter mon client, qui me dit exactement la même chose. Ma vendeuse lui dit : « Excusez-moi ! »
puis elle va dans l'arrière boutique pour s'éclater de rire, pendant que je me débattait pour essayer de comprendre, se que ce brave homme voulait.
Il me montre les cassettes vidéo, il y avait trois sortes de cassettes à l'époque, le V2000, le VHS et le BETAMAX.
Alors avec mon doigt montre à mon tour les cassettes une par une, rayon VHS pas de réaction, rayon V2000 pas plus, arrive le rayon BETAMAX et là notre bonhomme
s'agite et me fait signe que c'est bien ce qu'il veux. Et c'est à ce moment que j'ai compris ce qu'il m'avait dit et qui n'étais pas du tout, bonjour monsieur, je cherche une cachette pour la
bitte à Max, mais, bonjour monsieur, je cherche une cassette de type Bétamax. Comme quoi l'accent quelque fois peu changer beaucoup de choses. Ceci dit, j'aimerais parler sa langue comme il parle
la mienne.
Je lui ai vendu sa cassette et il est parti. Mais on en a parlé pendent longtemps.
Ce magasin de Belleville avait vraiment quelque chose de spécial, les gens y sont excessifs parfois en bien parfois en mal. Je me souvient d'une mère Juive pied
noir comme on se l'imagine dans une caricature, un accent à couper au couteau, elle était exactement comme madame Sarfati que jouait Elie Kakou, elle arrive au comptoir et me dit :
« bonjour mon fils, je voudrais une soupape de cocotte minute, s'il te plaît »
Moi : « Bonjour madame, c'est une SEB ou une MOULINEX ? »
Elle : « Donnes-moi la moi cher »
Moi : « non, l'une se monte pas à la place de l'autre »
Elle : « si c'est pas la bonne tu me la changeras »
Moi : « si vous n'avez pas ouvert le paquet, comme on voit au travers c'est facile »
Elle : « d'accord, tu me fais un prix hein ! »
Moi : « non, ça fait cinq francs »
Elle : « allez, fais-moi un prix et viens me la changer à la maison, mon fils, que dieu te bénisse ! »
Moi : « non, d'une j'ai pas le droit de changer les prix à la tête du client, d'autre je vends les articles, mais je ne vais pas les installer à domicile.
»
Elle : « allez, soit gentil mon fils ! »
Moi : « non madame »
Elle : « allez vas ! je te souhaite un cancer et que dieu te crève les yeux »
Moi : « au revoir madame » Et elle est parti en colère et en hurlant, pendant ce temps il y avait une file d'attente d'au moins quinze personnes qui étaient toutes
énervé, certainement en ce disant que si chaque personne devant elle met autant de temps ça allait être très long.
Et parfois c'était l'inverse, les gens étaient adorables.
Une fois un Pakistanais vient pour me donner sa montre à réparer, je remplis le bon pour qu'il la récupère dans quelques jours. Sur les bons il y à des cases pour
écrire les lettres du nom de chacun. L'homme parlait à peine le français, je lui demande son nom, il me le dit, je lui fait répéter, il me le dit à nouveau, je lui tends la feuille pour qu'il
l'écrive, il commence à remplir les cases puis attaque la ligne du dessous. Je reprends la feuille et je la regarde avec un sourire, il y avait quinze case pour le nom et là, je lis : «
NHAADHAARHAHJHAAPPHOUHLHAILLE ». Il avait plus de lettres dans son nom que moi dans mon alphabet. Il me regarde et me dit avec le sourire : « Prénom ? », je lui ai dit que non, j'avais pas
beaucoup de clients avec le même nom que lui. Quelques jours plus tard, le client revient chercher sa montre, je prends sa fiche et je lui dis : « Bonjour monsieur, NHAADHAARHAHJHAAPPHOUHLHAILLE
votre montre est prête ». J'ai essayé de lire son nom et l'homme s'est marré, il a pris sa montre, il a payé et il est parti.
Le lendemain je le vois revenir avec un paquet, il essaie de m'expliquer que c'est pour moi, c'était un gâteau pakistanais qu'il avait fait parce que la réparation
était rapide et qu'il était très content de l'accueil que je lui avais fait.
J'étais bien dans ce magasin, il y avait une chaleur que j'ai jamais retrouvé ailleurs.
Ensuite j'ai quitté Belleville pour aller à Noisy-le-grand, toujours comme responsable boutique. Mais c'était plus pareil, j'étais dans un centre commercial et là
les gens sont différents, il habitent dans ces cités dortoir et en bas de chez eux on a enfoui sous terre, à la lumière artificielle des galeries avec des boutiques et des grands magasins plein
de lumière, pour leur faire croire que la vie est festive et pendant ce temps là, ils ne sortent pas de leur ghetto. Ces centre commerciaux bien souvent construits à l'écart des petites villes
bourgeoises, mais quand même sur leur territoire pour que le centre commercial porte leur nom. Les gens qui y viennent sont la bas les mêmes qu'ailleurs, mais il n'y a plus ses couleurs et cette
chaleur humaine, ils sont tristes et font tous la gueule, ils sont comme des robots ou des zombies à croire qu'ils ont été anesthésiés et aseptisés, il n'y a pas comme dans la rue les odeurs. Tu
vois ce que je veux dire, ça sent si bon quand tu passe devant une épicerie arabe, là le mot épicerie prend toute sa valeur, car les épices tu les sens vraiment, un vrai bonheur.
Dans les centres commerciaux, les seules odeurs que tu trouves, c'est celles des parfumeries qui empestent la galerie. A Noisy-le-grand, le seul endroit de la
galerie qui me paraissait vraiment humain, c'est chez Chen, mon ami Chinois qui tenait le resto du premier avec sa femme. Je dis mon ami parce que j'y étais comme chez moi. Au début j'étais comme
tout ses clients, sauf que je venait manger vers 15h00 une fois que les gens qui se promènent le midi dans les magasins sont partis. Je déjeunais chez Chen tous les midis, j'adore manger Chinois.
Mais le fait que je vienne tard chez eux ne les arrangeaient pas, c'est l'heure où eux aussi aimeraient manger et fermer le restaurant pour se reposer avant d'ouvrir de nouveau pour le repas du
soir. A force d'y aller tous les jours, on a sympathisé, lui voulait m'apprendre le mandarin et elle le cantonais. Ils ne parlaient pas le même chinois. Une fois j'ai demandé si le cuisinier
était Cantonais ou Mandarin et Chen qui est très joueur me dit non il est Français. Quel Blagueur ce Chen ! mais bon je me suis quand même fais avoir, on à fait un pari sur sa nationalité que je
devais trouvée, il était d'aspect Asiatique, alors j'ai dis tout les pays d'Asie que je connais.
Il a sorti sa carte d'identité et là j'ai vu nationalité Espagnol, né à Macao, j'ai perdu mon pari, j'aurais jamais en le voyant soupçonné qu'il était Espagnol.
Pour le restaurant ils avaient trouvé le truc qui nous arrangeait tous, je passais par derrière pour rentrer dans le resto et je mangeais avec eux en cuisine. Et là, je mangeais pas des plats
pour les touristes, mais de la cuisine traditionnelle chinoise qu'on ne sert pas en salle. Des plats parfois où l'aspect te donne quelques inquiétudes mais le fait qu'on le mange ensemble me
rassurais, et j'ai jamais été déçu, bien au contraire. Donc tous les jours je mangeais avec eux jusqu'à ce que je quitte mon boulot. C'était un bon moment de détente avant de reprendre le TAF. Je
suis resté sept ans dans la boite.
Puis un jour des gens d'un des magasins du niveau au dessus du notre sont venus me voir, pour me proposer de devenir responsable de magasin, plutôt que responsable
d'une boutique dans un magasin. Et le salaire qu'ils me proposaient était très alléchant. J'ai demandé à ma société si ils pouvait me proposer mieux que ce qu'on me proposait, mon chef m'a dit de
sauter sur l'occasion, parce que pour avoir le même poste chez eux, il me fallait compter encore au moins dix ans.
J'ai donc quitté cette société où j'étais pourtant très bien pour rentrer dans une autre chaîne de magasins, plus petits mais beaucoup plus nombreux.
A l'époque les magasins de cette marque fleurissaient un peu partout, il y en avait deux cents en France.
Un truc qui peut paraître bien à certains, mais qui m'a un peu gêné au départ, c'est que quelque soit la place que tu auras dans cette société, tu commences comme
vendeur et ça pendant trois mois. C'était très gênant pour moi, de croiser les clients qui m'avaient vu la semaine dernière comme responsable boutique, me voir dans le même centre commercial,
mais dans un autre magasin, comme vendeur. J'ai donc demandé à changer de centre commercial, ce qui à été accepté. Je suis allé comme vendeur au centre commercial de Rosny deux, pendant qu'on
agençait mon futur magasin.
Cette année là, j'étais donc avec un autre vendeur qui était dans le même cas que moi.
C'était la période des fêtes de Noël, il y avait énormément de monde dans le magasin. Certains ont dû en déduire que les caisses étaient pleines car un individu
s'approche de mon collègue et lui met un pistolet sur les côtes et lui dit :
« donnes-moi la caisse !»
Et là, je reste sur le cul en voyant mon collègue qui le pousse et qui hurle :
« mais casses-toi, toi ! tu vois bien que je bosse ! »
L'autre était pris de panique et se sauve du magasin en courrant. C'était certainement son premier braquage.
Je vais voir Richard et je lui dis :
« mais qu'est-ce qui t'as pris, t'es malade ! Tu te rends compte que si le gars s'était affolé on risquait d'avoir un vrai carnage ! »
Il me réponds en tremblant :
« Je viens de me rendre compte à l'instant de ce qu'il voulait, sur le coup, j'était dans mon boulot à fonds et j'ai rien vu, à part un mec dans mes jambes et qui
me gênait pour bosser. »
Richard est allé se calmer cinq minutes dans la réserve du magasin, puis il est venu me rejoindre et il a travaillé comme si rien ne s'était passé, de nouveau dans
la foule du magasin.
Et c'est donc au bout de mes trois mois de pénitence, qu'on vient m'annoncer que mon magasin est terminé et mon responsable venait me remettre les clefs.
Il me dit :
« Demain c'est vendredi on se retrouve devant le magasin qui est rue La Fayette dans le neuvième arrondissement de Paris. Parce que lundi ce sera ton magasin, je
t'enverrai un vendeur »
Et pendant trois ans j'ai tenu ce petit magasin.
On vendait tout ce qui est électronique et informatique, du gadget, des montres en passant par le podomètre, le thermomètre ou le baromètre, mais aussi les
composants électroniques, les auto-radio, les chaînes Hi-Fi, de la sonorisation, des télévisions, magnétoscopes et bien-sur
des ordinateurs.
C'est à ce moment là que je me suis aperçu qu'une nouvelle passion venait de naître en moi. Je découvrais l'informatique et j'en suis devenu fondu.
Puis cette énorme société américaine à décidée de fermer ses deux cents magasins en France en même pas trois semaines et je me suis donc retrouvé au
chômage.
L'informatique que j'avais vendu chez eux, m'avait vraiment ouvert les yeux sur ce qui allait devenir mon futur métier. Aussi bien la construction de mes propres
ordinateurs, que la réalisation de petits programmes.
C'est pourquoi étant au chômage, j'ai profité de l'occasion qui m'était offerte pour passer un diplôme d'analyste programmeur.
Et c'est comme ça que je me suis retrouvé à Pierrefittes pendant quinze mois, pour apprendre l'analyse et la programmation.
Le seul Windows qui existait à ce moment là, était loin d'être aussi convivial que celui qu'on connaît maintenant et la grande question était à l'époque, est-ce que
Windows est ou sera un jour un système d'exploitation ? il me semble qu'aujourd'hui j'ai la réponse.
L'institut où j'ai appris la programmation m'a permis de faire la connaissance de gens formidables, je pense plus particulièrement à Fabrice, qui est devenu un vrai
ami. Qui malheureusement aujourd'hui n'est plus de ce monde, mais avec qui j'ai partagé plein de bonnes choses et d'excellents souvenirs. Je me souviens qu'ensemble nous avons fait quelques
virées nocturnes.
On se réunissait chez lui, pour réviser nos cours, il faut dire qu'il avait des facilités, car pour lui c'était de la révision. Il avait été dans le passé analyste
programmeur mais sans diplôme, puis il a laissé tout tomber, pour faire du théâtre.
D'ailleurs il voulait absolument m'emmener faire du théâtre aussi et principalement de l'improvisation. Il pensait que j'avais un don pour ça. Mais on ne saura
jamais puisque j'y suis pas allé.
Il était donc avec nous pour passer son diplôme et retourner faire de la programmation. Le connaissant, il n'aurait jamais complètement lâché le théâtre. Alors
après les cours, on allait réviser chez lui et ensuite, on sortait souvent dans Paris pour aller se détendre. Ils nous arrivait de rentrer au petit jour complètement détendu et largement trop
imbibés.
Ce qui n'a empêché ni l'un, ni l'autre, d'obtenir notre diplôme avec une excellente note à l'oral et c'est là que par moment je me dis, qu'il avait peut-être raison
pour le théâtre et l'impro.
Toujours est-il que diplôme ou pas, à l'époque le monde du travail n'avait pas besoin d'analystes programmeurs. Comme il fallait manger, j'ai donc complètement
oublié l'informatique à ce moment là et j'ai pris le premier job que j'ai trouvé.
Tu vas te marrer, je vendais des bas et des collants aux grandes surfaces et principalement aux soldeurs de la grande distribution. Je partais tous les lundis
matins et je rentrais chez moi que le vendredi soir.
Au début j'ai été embauché pour faire la Bretagne. Puis très vite il à fallu que j'aille un peu partout en France. Je passais toutes les semaine à Lyon, que j'aille
en Alsace ou en Bretagne, à Maubeuge ou à Nice. Donc pendant trois longues années, je me baladais un peu partout en France. Seul tous les jours de la semaine. Toujours à l'hôtel. Plus de vie de
famille, je rentrais chez moi que le week-end. Bien sûr, il y a eu de très bons moments. Chaque fois que j'allais en Vendée je passais voir mon pote Fabrice qui était venu habiter à La Roche sur
Yon.
On se faisait une petite fête et c'était pour nous une très bonne soirée et le lendemain je reprenais la route avec ma casquette plombée en forme de mal au crâne.
Quand je venais par ici, j'allais manger et je dormais chez la mère d'un copain, elle était dans un petit village du coin à Collorec et lui habitait à Clichy sur seine à l'époque. Il est
maintenant revenu chez lui à Carhaix. J'avais des connaissances et des amis un peu partout.
Quand j'allais dans le sud ouest, il m'arrivait de faire un détour de plus de cent cinquante kilomètres pour aller voir mon pote Hervé qui habitait à Bordeaux. Il
est maintenant à Perpignan. Je me souviens, à chaque fois que j'allais le voir, on allait manger dans un petit resto Chinois, toujours le même, chez Duong. Le patron est devenu aussi un ami.
Quand avec mon copain, le repas s'éternisait un peu, le patron nous disait, je vais me coucher, n'oubliez pas de fermer le restaurant en partant et de mettre les clefs dans ma boîte aux lettres,
vous payerez la prochaine fois et il allait se coucher.
Il était vraiment cool. On est devenu tellement copain que nous avons été invités à son mariage. J'ai malheureusement pas réussi à me libérer pour l'occasion, mais
mon pote y est allé, il m'a dit qu'il était le seul Français du mariage, on en déduit que Duong nous aimais vraiment beaucoup. Une autre fois à Bordeaux, on se baladait avec mon copain près de la
place de la République, quand on a vu des projecteurs, on s'est approché et là, on a assisté au tournage d'un épisode du feuilleton Highlander où ils se battaient à l'épée dans la fontaine
publique. Je ne sais pas pourquoi, avec Hervé on s'est regardé et sans se dire un mot, on est entré dans le bassin de la fontaine et on à fait semblant de faire nous aussi un duel à l'épée. Ils
ont arrêtés le tournage et nous ont expliqué qu'ils allaient finir la scène sans nous.
Puis je suis rentré à mon hôtel et le lendemain, j'ai encore repris la route.
J'ai fais ce métier pendant trois interminables années, puis j'ai cherché à revenir dans l'informatique. Pour ne plus avoir à faire mes trois mille cinq cents
bornes par semaine. Et enfin rentrer chez moi tout les soirs. Oui, je faisais en moyenne trois mille cinq cents kilomètres par semaine, j'étais le meilleur client de la boutique d'accessoire du
centre commercial de mon village c'était dans l'Oise à ce moment là. Je faisait faire une vidange par quinzaine. J'étais très bien vu par les gens du centre auto. Il n'y avait pas que les
vidanges, mais aussi les plaquettes de freins, les pneus, les ampoules, les filtres à air, à gasoil et à huile. Bref, ils gagnaient beaucoup d'argent grâce à moi.
Je voulais donc revenir dans l'informatique, mais n'ayant pas programmé pendant ces trois dernières années, il n'était plus question de revendiquer mon diplôme.
Bien que je suis resté à cette époque à m'informer sur la technologie, j'avais le temps de lire les revues spécialisées, avec mon boulot. Et une fois chez moi, je pratiquais énormément. De ce
fait, j'ai cherché une place de technicien de maintenance en informatique.
Je me suis inscris dans une boite d'intérim spécialisée dans l'informatique sur Paris.
C'est alors qu'il m'ont trouvé une place à Roissy en France. Dans une grosse société d'assemblage de PC et de serveurs. Comme technicien de maintenance.
Je suis arrivé un jeudi dans la boîte, dans l'équipe du matin, on m'a demandé si je préférais le matin, l'après-midi ou la nuit, parce qu'une fois qu'on fait partie
d'une équipe, on ne change pas. J'ai donc choisi le matin, car ça ne me gêne pas de me lever de bonne heure, et j'aime pas quitter tard. Un des techniciens de l'équipe m'apprends le boulot et
reste avec moi toute la journée du jeudi, le vendredi le chef de secteur me convoque dans son bureau.
Je me dis que ma façon de bosser ne lui plaît pas et qu'il va m'annoncer que je finis ce soir. Mais pas du tout, il m'annonce qu'au contraire il aime ma façon de
bosser, et qu'il à vu mon CV qui lui a beaucoup plu.
Il me dit aussi que le chef de l'équipe du matin dont je fais partie, va prendre ses vacances et qu'à son retour, il prend un congé sans solde d'un an pour devenir
photographe et va certainement quitté son emploi au sein de cette société. Il pense que je suis le mieux qualifié pour le remplacer. J'ai accepté la place de chef d'équipe du matin, sachant que
je n'allais pas me faire que des copains parmi les gens qui me forment depuis deux jours, alors qu'ils savaient depuis un moment que leur chef partait, certains d'entre eux espéraient bien
prendre cette place. Puis avec le temps ils se sont rendu compte que j'étais pas pistonné et que je faisait mon boulot le plus justement possible. Je suis resté à cette place durant trois ans.
Jusqu'à ce que la société se restructure et décide de se séparer de ses trois chefs d'équipes et de son chef de secteur en même temps. Du coup je me suis de nouveau retrouvé licencié
économique.
J'ai téléphoné à la boîte d'intérim, le vendredi, le lundi je commençais dans une autre société cette fois dans Paris, près de la porte de Champeret.
J'étais de nouveau technicien de maintenance informatique, mais cette fois au lieu d'être en atelier, j'avais une voiture et j'allais chez les clients,
principalement des comptables.
J'ai donc encore une fois appelé ma boîte d'intérim préférée, qui m'a trouvé un excellent job. J'étais technicien de maintenance informatique pour une société qui
sous traitait avec le ministère des affaires étrangères. Il fallait régler tous les problèmes informatiques des utilisateurs, que ce soit logiciel ou matériel et il y avait beaucoup de machines à
maintenir.
C'est le genre de clients qui se marre que quand ils se brûlent, mais bon, il faut bien manger. En moins de trois mois, le société m'a proposé de m'embaucher donc
fini l'intérim.
J'ai accepté de bosser pour eux car en plus du monde PC et serveurs, il y avait la maintenance des imprimantes et autre chose, en plus de Windows NT, j'allais
pouvoir apprendre Unix et VMS. Donc enrichir mes connaissances un maximum et ça c'est toujours bon à prendre.
Je suis aussi resté trois ans dans cette société, que j'ai quitté ensuite, d'une part parce que j'apprenais plus rien et d'autre part, à cause de l'ambiance pourrie
qui y régnait.
Je prenais mon petit métro tout les jours, qui sentait toujours aussi bon, pour aller dans le douzième arrondissement de Paris. Près de la gare de Lyon. Ce qui me
choquait au début c'est le silence qui peut y avoir dans les bureaux. Pas un mot plus haut que l'autre jamais. Les gens qui travaillent sont nombreux, mais ils ne font pas de bruit, par moment
t'as l'impression d'être seul dans les étages. Ce qui m'impressionnait aussi c'est ce contraste qu'il y a entre ces bureaux calmes et assez luxueux avec des gens bien polis et les gens du
quartier. Ils faut dire que la place qui est derrière la gare de Lyon était remplie de clochards et dans la gare, il y a toujours quelques loubards qui traînent. Mais j'aimais bien ce quartier,
le midi je pouvais aller me balader rue Montgallet, dans le quartier il y avait la plupart des importateurs chinois de matos informatique alors pour mes petites bidouilles perso, c'était
l'idéal.
Puis le ministère à décidé de changer de sous traitants, alors une fois de plus je me suis retrouvé au chômage.
Puis sont arrivé des événements familiaux insupportables et est arrivée une période de ma vie des plus difficile à vivre. N'ayant plus beaucoup de raisons pour
rester sur Paname. J'avais envie de fuir cette endroit maudit.
Alors je suis venu m'installer en Bretagne. Mais pas n'importe où, en plein centre. Il faut dire que mon pote de Clichy dont la mère m'hébergeait quand je vendais
des collant, avait lui aussi quitté la région parisienne, pour venir s'installer à Carhaix.
Nous étions venu plusieurs fois le voir, dont une fois à Pâques, il faisait un temps magnifique, il faisait chaud, je m'étais rasé le crane complètement et la
petite erreur que j'ai commis, c'est de passer l'après-midi à bavarder avec lui en plein soleil. J'avais pris un coup de soleil sur le sommet du crâne, on aurait dit un homard.
Le fait de venir le voir plusieurs fois, nous à donné envie de rester à ici. Pourquoi Carhaix ? C'est simple, mes parents sont à Paimpol et mes beaux parents à
Perros-Guirec et j'ai un autre pote à côté de Lorient. Avec un oncle à moins de dix kilomètres de la maison et mon pote sur place, dans Carhaix même. Je ne pouvais pas me sentir seul en
Bretagne.
Cette merveilleuse Bretagne.
Heureusement en arrivant ici j'ai trouvé du boulot. Pas dans l'informatique, mais en usine comme ouvrier, encore une fois, il faut bien manger. Le fait de trouver
tout de suite du travail m'a permis de penser que tout allait aller mieux.
Puis je me suis vautré comme une merde dans mon escalier, ce qui m'a valu de me casser deux côtes. C'est beaucoup moins facile pour aller au TAF. Il a fallu un peu
de temps avant de retravailler.
Et oui Monsieur, je suis venu en Bretagne pour tomber sur la côte, Mmmmmoouuuaarrrfff.
Ensuite j'ai trouvé un autre job, toujours en usine, il faut dire qu'ici t'as pas trop le choix. Il n'y a que des usines et principalement d'agroalimentaire. Alors
j'ai trouvé un boulot ou je cuisais des coquilles saint Jacques, un vrai bonheur. J'avais la chance d'avoir non seulement le droit, mais l'obligation de goutter les produits pour savoir s'ils
étaient bien cuits. Le boulot me plaisait bien, même si par moment il faisait un peu froid, il faut dire que la chambre froide où sont stockés les produits est à moins trente degrés.
Sacré contraste avec la cuisine où on est bien au chaud. De plus l'ambiance était assez sympa, j'étais avec un mec qui avait un an de plus que moi et qui comme moi
avait toujours une petite histoire à raconter, une petite blague à faire. La dernière qu'il nous a fait ne m'a pas amusé du tout. Il à fait un A.V.C. et ne s'en est pas remis. On a bossé que neuf
mois ensemble mais je l'aimait bien. Sacré Gilbert, sur ce coup là, t'as pas été drôle…
Oui, j'ai bossé que neuf mois dans cette boîte, mais quand ça veut pas, ça veut pas. J'ai été passer une visite médicale, à l'époque j'avais quelques douleurs dans
la poitrine. Je profite de l'occasion pour en parler au médecin du travail, qui me dit que je suis apte, mais qu'il va me faire un mot pour les urgences de l'hôpital et que dès que possible il
faut que je consulte.
Le lendemain avant d'aller au boulot, je me sentais pas très bien. Je me dis je suis du matin et c'est moi qui commence les cuissons mais qu'en sortant de l'usine
en début d'après midi j'irais à l'hosto. Mais une fois à l'usine, j'ai ressenti une grosse douleur dans la poitrine, j'ai pas réussi à continuer à bosser et je suis allé à l'hôpital.
Là, ils m'ont fait quelques examens avant de me dire que je faisais un malaise cardiaque. Après pas mal d'examens, ils ont vu que je faisait aussi de l'emphysème,
je suis aller voir le pneumologue de Morlaix qui m'a dit comme le cardiologue de Carhaix, qu'il fallait que j'arrête de fumer.
Le cardiologue à voulu que j'aille à l'hôpital de Brest pour faire des examens plus poussés comme une scintigraphie, mais ne voyant rien de grave, une fois tout ces
examens passés, je suis rentré chez moi. Un peu de repos, puis je suis retourné au boulot en pensant que mes petit soucis étaient terminés. Mais de nouveau un malaise cardiaque, là je suis allé
de nouveau à Brest, mais cette fois ci, ils m'ont fait une coronarographie et c'est là qu'ils on vu que j'avais une artère du cœur qui s'était écrasée, donc ils m'ont installé un Stent, un petit
ressort dans une des artères du cœur. Puis un peu de repos, un traitement à vie, une visite médicale de la médecine du travail qui m'a dit que je pouvais retravailler, mais plus de travail à la
chaîne, plus d'efforts physiques, plus de charges lourdes à porter, pas de boulot à plus de deux mètres du sol, pas de travail en températures négatives, pas de cadences intensives, genre travail
à la chaîne. Ils voulaient même que je ne conduise plus ma voiture. Enfin autant te dire que pour retrouver du boulot dans la région, c'est pas gagné. Même si avec mon Stent, je suis monté sur
ressort.
Alors ayant un peu de temps, je vais aux escargots, il est vrai que la région n'est pas trop sèche. Donc on à la chance d'en trouver un peu et puis point de vue
effort, ça va, c'est supportable. Je vais à la pêche, il faut dire qu'en cours d'eau, on a ce qu'il faut, entre le canal et les rivières, c'est un vrai bonheur. Cette année on a mangé un peu de
poissons, en effet j'ai fait quelques brochets, une belle perche et nous avons aussi mangé de la truite. Il parait qu'il y a des anguilles et des sandres mais pour le moment je n'en ai pas encore
attrapé. Pourtant c'est pas faute de connaître des bon coin, j'ai un pote qui m'a montré chaque coin où il a pris des sandres. Et puis je vais aussi aux champignons, on à la chance d'avoir de
belles forêts.
Mais bon, il est évident que je préférerais retravailler. Mais tous ces petits tracas m'ont quand même apporté une chose, c'est l'occasion de ne plus
fumer.»
Je me tais enfin pour écouter les cloches de l'église qui tintent de nouveau.
Bigorno attrape sa chope, la porte à se lèvres, et boit son verre quasiment cul sec, paye, le lève et me dit :
« kénavo a wechal adressé à l'assistance (au revoir et à bientôt), il faut que je file, je suis à la bourre, je crois savoir où on s'est vu, mais là j'ai plus le
temps! Faudra revenir, hein Maligorn Gouez ! T'es sympa! faut qu'on se r'voit ! allez à plus ! »
Je réponds, « Salut Bigorno et à bientôt ! »
Puis je finis à mon tour ma bière et rentre tranquillement chez moi.
Une fois chez moi, je me suis mis à repenser à cette soirée et en me demandant ce qu'avait bien pu devenir tous mes anciens copains et copines dont je venais de
parler à Bigorno, sont-ils heureux, en me disant, comment vivent-ils les uns et les autres ?